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Une collection d'importance mondiale

L'art textile, par l'habileté des artisans, le luxe déployé et la qualité des tissus, a atteint en Occident son apogée à la fin du Moyen Age. Mais parallèlement, aucun genre artistique de cette époque ne totalise aujourde Hui autant de pertes que les textiles.

Que de surcroît une telle quantité de tapisseries princières ou ecclésiastiques, de tentures d'autels et de vêtements liturgiques ait été conservée précisément dans un Etat réformé comme la République de Berne, cela confine au miracle. Il n'est en tout cas au monde guère de musée qui puisse en cela rivaliser avec celui de Berne.

La collection comprend quatre ensembles :

  • Le butin des guerres de Bourgogne, de 1476 (notamment le tapis aux mille fleurs de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne)
  • Les pièces confisquées lors de l'introduction de la Réforme à Berne (notamment les quatre tapisseries de saint Vincent de la collégiale de Berne)
  • Les pièces provenant du couvent de Königsfelden, en Argovie, de 1528 (notamment un devant d'autel représentant les sept moments de la Passion du Seigneur)
  • Les trophées de la conquête du Pays de Vaud en 1536 (six tapisseries et environs vingt-huit ornements sacerdotaux et ensembles brodés).

Un héritage unique

Le butin de Bourgogne est à lui seul déjà un témoin de l'exceptionnelle qualité de la collection de Berne.

Les tapisseries bourguignonnes étaient à la fin du Moyen Age ce qui se faisait de plus précieux en matière de tentures. Les ducs de Bourgogne, les princes les plus riches de l'Europe d'alors, possédaient au début du XVème siècle déjà une centaine de grandes tapisseries, quantité qui a probablement encore doublé jusqu'à l'époque de Charles le Téméraire.

De toutes ces précieuses tapisseries, il ne subsiste plus aucune pièce ni en Flandre ni en France. Des quatre derniers témoins conservés du trésor des ducs de Bourgogne, trois se trouvent au Musée historique de Berne (trois tapisseries) et un à Thoune (un tapis).

Un tapis au mille fleurs a encore été mentionné à Fribourg dans un document du XVIIème siècle, mais sa trace s'est ensuite évanouie, comme celle des parts du butin échues à Zurich, Bâle ou Lucerne.

Pour ce qui regarde les devants d'autel et les vêtements liturgiques, il faut savoir que, des impressionnantes collections que possédaient toutes les églises au Moyen Age, presque rien ne nous en est conservé. Dans les régions ayant adopté la Réforme, la plupart ont succombé à des actes iconoclastes, tandis qu'ailleurs, le rite catholique a généralement soumis ces tissus à une usure complète.

Les ornements sacerdotaux conservés au Musée historique de Berne comptent certainement parmi les cinq plus précieux ensembles du genre au monde.

Cet état de conservation tout à fait exceptionnel tient à plusieurs raisons :

  • Conformément à l'usage de l'époque, on a d'abord rassemblé les objets comme trophée.
  • Mais on n'a pas tardé à attribuer l'ensemble des pièces au légendaire butin de Bourgogne, témoin historique manifeste de la puissance victorieuse de Berne.
  • Au XVIIème siècle déjà, tandis qu'ailleurs l'art médiéval ne suscite encore que peu d'intérêt, Berne prend les premières mesures de conservation. Les tapisseries en sa possession n'ont jamais été découpées pour servir de rideaux, par exemple, comme les tapisseries du Devonshire au Victoria and Albert Museum à Londres.
  • Les textiles ont même survécu à l'invasion des troupes de Bonaparte, alors que des centaines de vitraux armoriés ou d'autre symboles du pouvoir, et même la chapelle commémorative de la bataille de Morat, ont succombé à l'iconoclasme des révolutionnaires français.
  • Ayant été tout au long des siècles le plus souvent protégés d'une lumière qui leur est néfaste, les tapisseries et les ornements sacerdotaux de Berne ont conservé une qualité de couleurs sans égale.

L'histoire de la conservation a aussi une valeur culturelle

Les textiles médiévaux conservés à Berne ont en fait une double histoire :

  • Ils ont été créés comme ornements ecclésiastiques ou comme monuments magnifiant la puissance princière et ont servi à ce titre pendant une durée variant entre vingt et deux cents ans.
  • Mais ils font aussi partie d'une collection exceptionnelle conservée intacte pendant cinq siècles, et cela pour la seule raison qu'ils sont arrivés à Berne au titre de butin.

Il est fort probable que si le tapis aux mille fleurs était resté en Flandre et les ornements liturgiques à Lausanne, ils auraient disparu comme les autres ensembles textiles du Moyen Age.

La collection constituée par le trophée de Berne est l'une des plus anciennes du monde. Il serait culturellement criminel d'en disperser les œuvres, comme ce le serait aussi pour les collections du Louvre, par exemple.

 

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© gilles maillet

08/10/2016