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Histoire de Mâcon
IXème au XIIIème

L’origine du comté – le comte Guérin

L’origine du comté remonte au VIIIème siècle, comme tous les comtés mis en place par les Carolingiens, mais le processus exact de sa création reste obscur. Par sa position géographique située au sud du comté de Chalon, le comté de Mâcon ne sera jamais vraiment intégré au duché de Bourgogne, sauf sous les Valois entre 1435 et 1482.

De plus entre le IXème et le XIIème siècle, les comtes de Mâcon seront également titulaires du comté de Bourgogne, c’est à dire des terres situées dans l’Empire Germanique. Ils sauront jouer sur cette double vassalité (vis à vis du roi de France et de l’empereur Germanique) pour obtenir une grande autonomie dans leur territoire.

Thierri Ier (736-793) est en possession du comté en 736, au moment de l’intervention en Bourgogne de son beau-père Charles Martel, Maire du Palais. Thierri est également titulaire du comté d'Autun et du comté de Vienne.

Son fils Thouin (793-796) lui succède sur l’Autunois, peut-être sur le Mâconnais.

Le personnage qui fait ensuite son apparition est Guérin ou Warin V (825-853). Il est l’acteur incontournable dans les affaires bourguignonnes du IXème siècle. Lors du partage de l’empire en 817, il est dit qu’il doit fidélité au roi Pépin d'Aquitaine, or ce dernier est le souverain des comtés bourguignons : Autunois, Avalonnais et Nivernais. Guérin est donc en possession de seigneuries dans l’un de ces trois comtés. Peut-être l’Autunois, car il a épousé Aube, qui est peut-être une fille du comte Thierri III d'Autun, mais aucun document ne nous donne la réponse.

Il est connu depuis 825 comme comte de Mâcon. Cette même année, l’évêque Hildebrand de Mâcon, sur l’ordre de Louis le Pieux, concède la villa de Cluny en échange d’une autre propriété au comte Warin et à son épouse.

Nous avons vu dans le chapitre sur les Carolingiens, la participation de Guérin aux luttes entre l’empereur Louis le Pieux et ses fils. Tout d’abord dans le camp de Lothaire, c’est lui qui emmène en exil l’impératrice Judith en 830 à Poitiers.

Après le nouveau partage en 831, son influence sur les pays bourguignons est grandissante, il entre certainement en possession du comté de Mémontois, et investi d’une autorité (marquis ?) sur les autres comtes bourguignons.

En 834, il a pris le parti de l’empereur et défend la ville de Chalon, cet épisode est raconté au chapitre de l’histoire de ce comté.

En 835, il est nommé comte de Chalon.

Puis entre 835 et 840, Guérin est absent de la Bourgogne, on le retrouve dans le Lyonnais, le Viennois et le Toulousain. Dans certains documents, il est nommé « dux » sur ces régions. En 840, à la mort de l’empereur Louis le Pieux, Guérin prend parti pour Charles le Chauve, il le rencontre à Orléans et l’assure de sa fidélité.

Nous avons vu comment il est aux côtés de Charles le Chauve et de Louis le Germanique lors de la bataille de Fontenoy en Puisaye en 841 contre leur frère Lothaire.

Guérin est récompensé de sa brillante participation à cette bataille, lors du traité de Verdun en 843, il reçoit les comtés d'Autun, d'Auxois et de Duesmois, ce qui forme avec le Mâconnais, le Chaunois et le Mémontois qu’il possède déjà, la Marche ou Marquisat de la Bourgogne méridionale et fixe sa capitale à Chalon-sur-Saône. D’ailleurs, lors du traité de Verdun en 843, les frontières du royaume de Charles le Chauve dépassent la Saône, pour englober les bénéfices que possèdent Warin sur la rive gauche, c’est à dire sur la Bourgogne germanique.

À sa mort, son fils aîné Isembard (853-858) lui succède sur les comtés : Mâconnais, Chaunois, Autunois, Dijonnais et Atuyer dans lesquels il exerce la fonction de « missi dominici ».

Contrairement à son père, Isembard est un personnage effacé, aucun document relate un conflit avec ses voisins.

Isembard disparaît peu après le plaid de Quierzy de mars 858, celui qui lui succède est, Onfroi (858-863), certainement son frère. Dès 858, il est comte de Beaune et d’Autun, et certainement de Chalon et de Mâcon, Charles le Chauve lui confie le marquisat de Bourgogne.

En 862, Onfroi proche parent du régent de Provence, Girard, est accusé de rébellion vis à vis de son roi, par le vicomte de Blois. Le roi ne donne pas suite.

Mais en avril 863, Onfroi enlève le comté de Toulouse au marquis Raymond, Charles se doit de réagir. Ses troupes se dirigent vers la Bourgogne, les honneurs d'Onfroi sont supprimés et distribués. Onfroi disparaît de la scène politique. 

Les successeurs de Guérin

Sur le Mâconnais, c’est Eudes (863-870), ex-comte de Troyes qui prend possession du comté, ainsi que celui de Dijon. Eudes est également titulaire du comté de Varais dans la Bourgogne germanique.

Artisan du traité de Meerseen de 870, Eudes disparaît peu après. Le Mâconnais est alors confié à Echard (870-877), déjà en possession du Chalonnais.

À La mort d'Echard, ses comtés de Mâcon et de Chalon échoient à Boson (877-880), le neveu de sa seconde épouse Richilde. L’histoire de ce grand prince est contée dans le chapitre du royaume de Bourgogne Cisjurane.

En 879, Boson se fait élire roi à Mantaille, et le Mâconnais est incorporé dans ce nouveau royaume.

En août 880, les Carolingiens se liguent et marchent contre Boson, ils sont aux portes de la ville de Mâcon. Les textes de l’époque indiquent que la ville était défendue par un Bernard, et que Bernard Plantevelue reçut la ville et le comté en récompense des services rendus. Ne peut-on pas imaginer que ces deux Bernard ne sont en fait qu’une et même personne ? Bernard Plantevelue n’a-t-il pas négocié un compromis ; réédition de la ville contre une promesse de conservation du comté ? possible, mais pas certain. Les troupes de Boson sont vaincues une dernière fois lors de la bataille de Crêches-sur-Saône, les Carolingiens récupèrent le comté. 

Les comtes de Mâcon et d'Auvergne

Le comté de Mâcon change de famille pour passer dans celle des Guilhemides. Bernard Plantevelue (880-886), fidèle aux rois Carolingiens hérite des comtés de Mâcon et de Lyon, il est le fils de Bernard de Septimanie.

Bernard est à la tête d’une formidable principauté : l’Auvergne, la Gothie, le Berry, le Mâconnais, le Lyonnais et le Limousin, mais déçut de n’avoir pas reçut l’Autunois, terre de ces ancêtres, il se rallie en 881 à l’empereur Charles le Gros, plutôt qu’au roi des Francs Carloman. C’est un bon choix politique, car à la mort de Carloman en 884, c’est Charles le Gros, qui est choisit roi des Francs. Bernard est chargé de surveiller le roi Boson, car ses terres sont limitrophes de ce dernier.

Bernard Plantevelue trouve la mort en 886, en combattant le roi Boson. Son fils Guillaume le Pieux (886-918) recueille sa succession sur l’Auvergne, la Gothie, le Berry, le Mâconnais, le Lyonnais et le Limousin.

En 888, Guillaume acquiert des terres dans la vallée de la Grosne, au lieu dit Cluny, après un échange avec sa sœur Ava. La même année, le changement de dynastie à la tête du royaume des Francs, avec l’élection du Robertien Eudes, amène les princes du midi de la France à se sentir délier de toute reconnaissance vis à vis de ce nouveau souverain. Guillaume fait parti des contestataires.

C’est en septembre 892, que commencent les premiers heurts directs entre le roi Eudes et le comte Guillaume. Eudes lance une expédition contre le comte Ebles de Poitiers, il pénètre dans le Berry, terres appartenant à Guillaume, et se lance sur le Poitou. Eudes sort vainqueur de ce conflit. Guillaume ayant donné un appui tacite au rebelle, Eudes lui confisque le Berry et le donne à un certain comte Hugues.

Début 893, Ebles se réfugie auprès de Guillaume en Auvergne. Alors le comte face à ce rôle de protecteur, prend de sa propre initiative le titre jamais porté de « comte, marquis et duc d'Aquitaine », et se pose en défenseur du midi de la France. Face à cet acte, Eudes réagit, la rencontre entre les troupes royales et celles de Guillaume se situe entre l’Auvergne et le Limousin, mais il n’y a pas de combat. Eudes doit rejoindre le Nord, car Charles le Simple, le fils du roi carolingien Louis II, vient de se faire couronner roi. Il y a maintenant deux rois francs. Avant de partir, Eudes confisque « en théorie » les terres de Guillaume et les octroie à Hugues.

Mai 893, Hugues se lance à la conquête de « ses » terres et affronte de face, Guillaume, mais il est tué au combat. Eudes se doit de répondre, il contourne les terres de son adversaire et pénètre dans la Bourgogne. Il rencontre à Chalon-sur-Saône, Richard le Justicier, puis se dirige vers le sud, où le comte de Toulouse, un autre Eudes, frère de Bernard le Veau, lui apporte le soutien. La rencontre a lieu à Montpensier, qui a gagné ? Eudes ou Guillaume ? À l’issue de cette confrontation, Guillaume reconnaît Eudes comme son souverain, et Eudes concède à Guillaume le titre d’abbé laïque de Brioude, vu les termes de l’accord de paix, le résultat a du être incertain.

Le duc Guillaume épouse, Engelberge la fille du roi de Bourgogne Cisjurane Boson, en 898, la fille de l’adversaire de son père !

Guillaume est l’ami du duc de Bourgogne Richard le Justicier, son oncle par alliance, et participe avec lui à la lutte contre les Vikings qui ravagent la Bourgogne.

En 916, des troubles importants ambrassent la Provence, lutte contre les Sarrasins et guerres civiles entre les princes, c’est ainsi que la fille du vicomte de Narbonne, Raymonde, accompagnée de son fils Mayeul, se réfugie dans le Mâconnais auprès de son frère le vicomte de Mâcon Albéric Ier. Mayeul deviendra archidiacre de Mâcon à vingt et un ans et grand abbé de Cluny en 948.

Guillaume décède en juillet 918 et demande d’être inhumé dans l’abbaye de Brioude, sans descendance son fils Boson est mort quelques mois auparavant, ce sont ses neveux, les fils de sa sœur Adeline, qui lui succèdent.

Guillaume II, dit le Jeune, (918-926) fils de Acfred de Carcassonne, est un vrai méridional, et succède à son oncle sur les terres Auvergnate, Berrichonne, Mâconnaise, Limousine, et Gothique. Le Lyonnais lui échappe pour passer dans les mains du fils de Richard le Justicier, Hugues le Noir. Il va devoir lutter pour conserver son héritage, face à la conjoncture politique, où les nobles du royaume se querellent sans cesse avec un pouvoir royal faible.

Dès 919, c’est d’abord Raoul, fils de Richard de Bourgogne, et Robert de Neustrie, qui partant du Nivernais envahissent le Berry, alors Guillaume contracte une alliance avec Raymond le comte de Toulouse en lui cédant la Gothie.

À l’annonce de l’arrivée sur le trône royal du Robertien Robert, frère du roi Eudes, mais également beau-père de Raoul de Bourgogne, Guillaume se nomme duc d'Aquitaine en 922 et refuse de reconnaître le nouveau roi.

Cette coalition, entre les deux princes du midi, leur permette de maintenir l’avancée du Bourguignon, d’autant que Raoul hérite de la couronne royale en 923, à la mort de son beau-père, et doit lutter contre les Normands.

Début 924, c’est la rencontre d'Encize entre Guillaume et Raoul, et comme en 893 à Montpensier, Guillaume fait hommage à Raoul et le reconnaît comme son souverain, Raoul lui redonne le Berry.

En 926, le duc Guillaume profite des difficultés de Raoul, en lutte contre les Vikings et les Hongrois, pour se révolter. Son frère Acfred s’empare de Nevers, mais le roi reprend la ville. Fin décembre Guillaume meurt, son frère Acfred reprend la succession, mais il décède à son tour en octobre 927.

Sans héritier, leur héritage va se partager entre les comtes de Toulouse, les comtes de Poitiers et les ducs de Bourgogne. 

Une petite histoire de Cluny

Nous allons faire un petit récit de l’histoire de Cluny, qui mérite à elle seule un livre, tellement l’empreinte des abbés de Cluny sur les grands et les événements du monde fut importante. L’abbé exerce son influence sur la politique des princes, du roi, du pape ou de l’empereur comme sur les délibérations des conciles.

En 909, Guillaume fait le don de sa villa et de ses terres, de son fief de Mâcon, au moine Bernon (910-926) et à ses douze compagnons venus de Gigny, de Baumes les Messieurs et de Saint-Lothain, au lieu dit Cluny, pour fonder la première église de Saint-Jean Baptiste. Au XIème siècle, l’église prendra le nom de Saint-Mayeul et deviendra une abbaye.

Guillaume le Pieux insère dans l’acte de donation une clause en vertu de laquelle les moines doivent jouir d’un statut particulier, c’est à dire dépendre directement du Saint-Siège, sans rendre compte à l’évêque ou au comte de Mâcon. Ni le duc de Bourgogne, ni le roi de France ne s’opposent à cette décision. L’abbé de Cluny est l’un des grands seigneurs du monde laïque, il a des vassaux et des domaines. Cluny devient un véritable empire monastique. La grande destinée de l’ordre de Cluny peut commencer. Dès 994, un marché fonctionne, et l’essor de l’abbaye amène des flux de visiteurs et génère des besoins croissants en personnel de tous ordres. Le bourg s’agrandit et deux autres paroisses sont construites.

En quelques décennies, Cluny va devenir avec Rome le centre du monde chrétien. Les grands abbés fondateurs sont Odon de Touraine (926-942), Aymard (942-954), Mayeul (954-994), Odilon de Mercœur (994-1049), Hugues de Semur-en-Brionnais (1049-1109), Pons de Melgueil (1109-1122) et Pierre le Vénérable (1122-1156). Tous ces abbés furent canonisés, sauf Pons. 

Acte de fondation de Cluny par Guillaume le Pieux 

Acte de fondation de ClunyLa communauté vit dans l’observance stricte des règles bénédictines.

L’ordre de Cluny comprend à son apogée au XIIIème siècle, quelques dix milles religieux dans un millier de maisons et dans une grande partie de l’Europe. Les pères abbés voyagent beaucoup et courent bien des dangers, car l’aventure est sur la route. C’est d’ailleurs lors d’une visite à une maison fille, que Mayeul subit l’événement suivant :

En 972, Mayeul séjourne au monastère de Pavie, en Italie, qui dépend de Cluny. Ensuite il assiste au mariage de l’empereur Germanique Othon II avec Théophanie à Rome. Il rentre avec des frères et des pèlerins à Cluny, et traverse les Alpes au col du Saint-Bernard. Ils sont attaqués et pris en otage par des sarrasins. Ceux-ci demandèrent s’ils possèdent des biens et des richesses pour pourvoir se racheter. Mayeul répond qu’il ne possède rien et ne veut pas devenir possesseur de biens, mais il a sous sa domination beaucoup d’hommes propriétaires de vastes domaines. Alors Mayeul envoie un billet à Cluny pour demander la rançon de leur libération, soit la somme de mille livres d’argent. Il faut un mois, à l’abbaye pour réunir cette somme considérable.

Suite à cet incident, le comte d'Arles Guillaume Ier, ami et parent de Mayeul réunit une armée et chasse les sarrasins des cols alpins, qu’ils occupent depuis une trentaine d’années.

Lors de la guerre de succession de la Bourgogne entre 1002/1006, l’abbé de Cluny Odilon, est le sage qui intervint à maintes reprises pour éviter des morts et des destructions de lieux saints. Il est écouté de tous.

L’abbaye s’enrichit de nombreuses donations de grands seigneurs qui se rachètent ainsi de leurs vilains faits et gestes, dans les derniers instants de leur vie. 

Reconstitution de Cluny III 

Cluny IIIVers l’an mil, les moines clunisiens lancent un mouvement « la Paix de Dieu », qui consiste à réunir en concile le peuple, les grands et les ecclésiastiques pour restaurer la paix et l’institution de la foi. On rédige des chapitres précisant ce qu’il est permis de faire, ce qui est interdit de faire et ce qu’on promet d’offrir à Dieu. Le plus important des actes est le maintien de la paix inviolable. Chacun s’engage et passe ainsi un contrat moral avec Dieu. Le concile de Verdun sur le Doubs, en 1016, est l’un des premiers à se réunir et à servir de modèles. Dans le texte de ce concile, les participants jurent de ne plus enfreindre les églises, de ne pas piller les églises, de ne plus attaquer les moines, de ne pas voler le bétail, de ne plus rançonner les paysans et les marchands.

La puissance de Cluny est telle, qu’en 1027, les moines de Cluny interviennent à Vézelay avec l’appui du comte de Nevers Landri, pour rétablir le désordre survenu dans cette abbaye.

En 1040, Odilon lance une «Trêve de Dieu» pour toute la Bourgogne. Ce mouvement qui succède à la « Paix de Dieu » institue une règle qui interdit de nuire à autrui du jeudi au dimanche, sous peine de violer la sainte paix et d’être puni en conséquence de ses faits.

L’abbaye de Cluny s’agrandit de siècle en siècle jusqu’à devenir la plus grande église de la chrétienté, avec la construction de Cluny III à partir de 1088, avant la construction de Saint-Pierre de Rome. C’est un chef d’œuvre de l’art roman, aujourd’hui pratiquement disparut, seul le clocher de 30 mètres de hauteur peut laisser, au passant, une idée de l’ancien monastère qui s’étendait sur un rectangle de 450 sur 350 mètres, et qui comprenait cinq nefs et deux transepts.

Lorsque le pape Urbain II consacre l’autel de la nouvelle abbatiale le 25 octobre 1095, il n’oublie pas qu’il a été moine de Cluny. De même le pape Pascal II qui passera les fêtes de Noël en Bourgogne, l’est tout autant.

Le pape Eugène III rend visite à Pierre le Vénérable, le 26 mars 1147.

Les grands incendies de 1159, 1208 et 1233 détruisent de nombreuses maisons et l’église de Notre Dame, mais surtout après 1250 l’ordre stagne et amène la stagnation de la ville. 

Les comtes de Mâcon et de Besançon

Le comté échoit à Hugues le Noir (927-952), frère du roi Raoul, déjà en possession du Lyonnais depuis 919. Il laisse le pouvoir au vicomte Albéric ou Aubri (927-943) qui se reconnaît comme son vassal.

Nous l’avons vu au chapitre sur l’histoire du comté de Bourgogne, Albéric profite de l’appui de Hugues pour s’implanter de l’autre côté de la Saône, en terre d’empire, et acquiert des terres autour de Besançon, vers 928.

Vers 930, Liétaud, fils d'Albéric, épouse Ermengarde, la fille du comte Manassès de Chalon.

Les Hongrois qui refluent vers l’Est après avoir saccagé le Berry, traversent le Mâconnais et dévastent Tournus, Cluny et Mâcon, en 937.

Albéric poursuit son extension sur les terres d’Outre-Saône en recevant du roi de Bourgogne Conrad, des terres dans la région de Salins, future seigneurie, en 942.

À sa mort en 943, son fils aîné Liétaud (943-965) hérite des terres de Mâcon et de Besançon, et son second fils Humbert celles de Salins, fondateur de la dynastie des sires de Salins.

En 951, le roi Louis IV se rend dans le comté, où il rencontre Charles-Constantin, comte de Vienne. Il faudra attendre le XIIème siècle, pour voir de nouveau un roi des Francs dans la région.

À la mort de Hugues le Noir, en 952, Liétaud est le maître des comtés de Mâcon et de Besançon. Il est un personnage important de son époque et on le voit dans l’entourage des rois des Francs Louis IV, puis Lothaire, mais également dans celui du roi de Bourgogne Conrad. Il sait accorder sa fidélité entre ses différends suzerains, qu’ils soient français ou bourguignons.

En 955, Liétaud séjourne quelque temps à la cour royale à Laon. Son fils Albéric ou Aubri II, épouse la nièce du roi Lothaire.

À sa mort, son fils Albéric II (965-982) lui succède sur l’ensemble de ses terres.

Vers 960-975, saint Mayeul, abbé de Cluny, confie à la garde de Humbert de Beaujeu, et avec l’approbation du comte Albéric, les terres de Pouilly.

Nous savons peu de chose sur ce comte, Albéric II, mais à sa mort le comté de Mâcon va changer de famille. Sa veuve Ermengarde de Roucy épouse Otte-Guillaume vers 982, ses deux enfants, Albéric et Liétaud disparaissent vers 981 et Otte-Guillaume récupère ses terres.

À partir de 982, c’est Otte-Guillaume qui hérite du comté; là aussi les événements de ce personnage ont déjà été évoqués dans les chapitres du duché et du comté de Bourgogne.

En 990, Milon et Ermengarde, fille de Aubri II, font un don de biens à Loché dans le Mâconnais, puis un second don en 994 à Laizé toujours dans le Mâconnais.

Otte-Guillaume donne le comté de Mâcon et celui d'Escuens à son fils aîné Gui Ier (995-1004). Celui-ci épouse une fille de Béatrix, fille d’Aubri II.

À la mort de son fils aîné, Otte-Guillaume partage ses terres, Renaud (1006-1057), son second fils, reçoit les comtés d'Amous, du Varais et du Portois et Otton (1006-1049), fils de Gui, reçoit le Mâconnais et l’Escuens. Otte-Guillaume conserve ses droits sur les comtés de la Bourgogne franque (Beaumont, Fouvent, Oscheret). Les comtes de Bourgogne conserveront pendant longtemps de nombreuses terres ou suzeraineté sur des comtés situés dans le duché de Bourgogne.

Henri II, empereur Germanique passe par Cluny, en 1014, après son sacre à Saint-Pierre de Rome, en compagnie de l’abbé Odilon de Cluny qui a assisté à cette cérémonie.

En 1018, Cluny obtient du roi Robert un édit de protection très explicite qui interdit à quiconque de construire un château fort dans une zone limitée par Chalon, Mâcon, Mont St Vincent, Charolles et Mont St Rigaud.

Le pouvoir comtal s’amenuise, les seigneurs de la région en profitent pour obtenir une indépendance. On voit entre 1020-1030, les seigneurs-châtelains de Beaujeu, Berzé, Bâgé, Brancion, la Bussière et Uxelles renforcer leurs châteaux et astreindre les hommes libres de leur district à leur apporter leur hommage, dû naguère au comte.

Une famine si violente ravage la Bourgogne, en 1028, qu’on vend de la viande humaine. Une chronique raconte que près de Mâcon, un hôtelier arrêtait et dévorait les voyageurs, quarante-huit têtes d’hommes furent trouvées chez lui, le comte Otton le fit arrêter et on brûla le coupable.

Dans la même période, l’abbaye de Cluny conserve toute son autorité. Ainsi vers 1040-1050, saint Hugues, abbé de Cluny, jète l’anathème sur Bernard Ier, sire de Brancion, qui vient de faire construire la forteresse d’Uxelles, dans une zone interdite par édit royal. Le coupable arrivé à un âge avancé pris peur du jugement dernier et sollicite le pardon de l’abbé. Hugues est inflexible et oblige Bernard à aller à Rome solliciter le pardon auprès du pape. Bernard meurt lors du voyage retour. L’exemple est profitable et pendant un siècle les sires de Brancion laissent tranquille l’abbaye.

Geoffroy (1049-1065) le fils de Otton lui succède sur le comté. Comme ses prédécesseurs, le comte doit faire des concessions territoriales afin de ménager les seigneurs voisins.

Le jour de Pâques de l’année 1051 (le 31 mars), le fils de l’empereur Henri III, Henri, est baptisé dans la cathédrale de Cologne, en présence de l’abbé Hugues de Cluny, son parrain.

Gui II (1065-1078), le fils de Geoffroy succède à son père.

Début 1073, Drogon évêque de Mâcon meurt. Le clergé avec l’accord du comte de Mâcon nomme Landéric de Brézé, archidiacre d’Autun. Philippe Ier, roi de France, approuve l’élection, mais interdit à quiconque de sacrer le nouvel élu tant qu’il ne lui paye pas un droit pour son investiture. Le pape Grégoire VII (1073-1086) intervient, il ordonne à Humbert, archevêque de Lyon de sacrer Landéric et mandate l’évêque Rodin de Chalon d’informer le roi de cette décision et de lui adresser une réprimande sur son comportement, le roi s’incline.

Gui est présent à l’assemblée de Bèze tenu par le duc Hugues de Bourgogne, en mars 1076. 

Le comté de Mâcon au XIème siècle 

Le Comté de MâconLe comte est présent au côté du duc en février 1078, au château d’Avallon. Puis la même année, par une résolution singulière en ce temps spirituel, le comte, ses fils et trente chevaliers se rendent à Cluny et prennent les ordres. Leurs femmes font de même en entrant au couvent de Marcigny. Ils suivent l’exemple du duc et font vœu de pauvreté. 

Les comtes de Mâcon et de Bourgogne

En 1078, le comte de Bourgogne Guillaume Ier (1057-1087), le petit-fils de Otte-Guillaume, récupère les droits de son cousin Gui II, sur le comté de Mâcon. Il les lègue sept ans plus tard à ses deux fils, Renaud II (1085-1105) et Étienne Ier (1085-1102).

Cette co-seigneurie sur le comté est effective jusqu’en 1156. Les comtes de Bourgogne sont également comtes de Mâcon.

Vers 1097, les moines de Tournus détournent à leur profit des retenues sur la Saône, pour la pêcherie, appartenant aux moines de Cluny. L’abbaye en appelle à Humbert de Beaujeu pour traiter le différent, celui-ci condamne l’abbé de Tournus à restituer les pêcheries. L’abbé refuse d’appliquer le jugement, Cluny en appelle au pape, qui confirme la sentence et demande au comte Étienne d’exécuter le procès. Une réunion est tenue à Péronne sous la présidence du comte, et l’abbé de Tournus consent à rendre les pêcheries.

Le comte de Mâcon est un seigneur puissant et indépendant, d’autant que son comté se situe à cheval sur le duché de Bourgogne et le royaume de Bourgogne. Il est en réalité contrôlé par personne. Il est fier aussi d’avoir sur ses terres l’abbaye de Cluny et l’archevêché de Besançon.

Étienne devient régent du comté de Bourgogne durant le séjour de son frère Renaud en Terre sainte. Il se croise à son tour, mais il est fait prisonnier et massacré par des archers en 1102. D’autres nobles, ont suivi l’exemple des comtes, ainsi Archambaud, vicomte de Mâcon, engage ses possessions en deçà de la Loire, auprès de Humbert de Beaujeu, pour réunir les sommes nécessaires à son expédition.

Renaud III (1102-1148) et Guillaume IV (1102-1155), les deux frères héritent de leur père Étienne Ier, et partagent le pouvoir avec leurs cousins, Guillaume II (1105-1125) et Guillaume III (1125-1127), le fils et le petit-fils de Renaud II.

Vers 1120, Guillaume IV épouse l’héritière de la seigneurie de Traves, Alice, fille de Thibaud de Traves, premier connétable du comté de Bourgogne.

Guillaume IV hérite du comté d'Auxonne en 1127.

Guillaume répond à l’appel de Bernard de Clairvaux qui prêche en 1146, une nouvelle croisade. Le comte se distingue dans les combats, il reste deux ans en Terre sainte (1147/1149). À la mort de son frère Renaud, il devient régent du comté de Bourgogne en 1150. Il tente de se faire reconnaître comte de Bourgogne, mais il doit céder devant l’empereur Frédéric Barberousse en 1152.

Il lègue le comté d'Auxonne et la seigneurie de Traves à son fils aîné Étienne II (1155-1173) et le comté de Mâcon et les salines de Lons le Saunier, à son second fils Gérard ou Girart Ier (1155-1184) ; le comté de Bourgogne revenant à sa nièce Béatrice Ière (1152-1184), la fille de Renaud III. 

Les comtes de Mâcon et de Vienne

À partir de Gérard (Girart), les comtes de Mâcon prennent également le titre de comte de Vienne, titre purement nominal, qui pourrait avoir été apporté par un aïeul de sa mère Marie de Salins.

La période du XIème au XIIIème siècle se caractérise dans le comté de Mâcon, par des troubles continuels qui sont le fait des seigneurs locaux; les plus remuants sont les sires de Brancion qui livrent une véritable guerre aux moines de Cluny. Ils profitent de l’éloignement géographique du roi de France, mais également du système féodal, le comte de Mâcon leur suzerain direct est vassal du duc de Bourgogne et du roi de France, mais surtout de l’empereur Germanique pour ses possessions outre Saône, qui sont importantes. L’empereur Frédéric Barberousse, dans sa lutte contre la papauté, attise les querelles en sous-main.

Girart opère des razzias sur les terres de l’abbaye de Tournus en 1157.

En 1166, un pacte est scellé entre le comte Guillaume Ier de Chalon, le comte Girart de Mâcon, le sire Humbert III de Beaujeu et le vicomte Artaud de Dun contre les clercs et religieux de Cluny. Ils mettent le siège devant la ville et leurs partisans passent au fil de l’épée un certain nombre d’habitants et de moines, l’abbaye est pillée. L’abbé Étienne fait appel au roi de France Louis VII, qui intervient pour rétablir l’ordre et contraint les seigneurs à offrir réparation à l’abbaye. Pour s’assurer de sa sécurité, l’abbaye cède au roi de France une partie de ses terres à Saint-Gengoux, où s’installe une garnison royale, qui s’appellera Saint-Gengoux-le-royal (qui deviendra Saint-Gengoux-le-national à la Révolution Française).

Mais à peine le roi est-il parti, que le comte de Mâcon Gérard aidé par Humbert III et Artaud se querellent contre Renaud de Bâgé, frère de l’évêque de Mâcon, Pons de Villard, et Raymond III, comte de Forez. Le roi intervient de nouveau dans le comté pour mettre à la raison le comte de Mâcon Girart et ses alliés.

Vers 1170, Gérard de Mâcon et son beau-père Gaucher de Salins sont en lutte également contre le nouveau comte de Bourgogne, Frédéric Barberousse, empereur Germanique. Suite à un conflit, mal définit, Gérard perd le château et les terres d’Orbe et de Vadans. Frédéric donne ces terres, au comte de Montbéliard, Amédée de Monfaucon, fidèle de l’empereur.

En 1172, le comte Gérard qui n’a pas accepté l’intervention royale sur son comté, consent enfin à déclarer son hommage au roi par un acte passé au château de Vinzelles. Les deux vassaux les plus puissants du comte, les sires de Beaujeu et de Brancion, contresignent cet acte, et s’engagent à se mettre au service du roi, si le comte l’enfreint.

Gérard assiste en 1178, à la diète impériale qui se tient à Besançon.

Le comte de Mâcon profite de l’arrivée au pouvoir de Philippe Auguste, jeune roi de quinze ans, pour reprendre ses agressions contre les religieux. En 1180, le roi de France Philippe Auguste intervient dans le Mâconnais à la demande de Thibault, abbé de Cluny, pour calmer les ardeurs du comte Gérard, et de ses alliés Jocerand de Brancion et Guillaume II de Chalon. Girart se replie sur sa forteresse de Dun, le roi en fait le siège, mais sans qu’il en donne l’assaut, le comte se rend. Philippe Auguste dicte ses volontés, et un traité est signé au château de Lourdon par les protagonistes, une des clauses ordonne la démolition du château-fort de Dun.

Vers la fin de sa vie, Girart fait amende honorable, en distribuant des aumônes aux monastères.

À la mort de Gérard, le comté de Mâcon va à son fils aîné Guillaume V (1184-1224), la seigneurie de Salins, qui vient de l’héritage de son épouse Marie de Salins, à son second fils Gaucher IV (1184-1219), et la seigneurie de Vadans à son troisième fils Gérard.

Guillaume se rend en 1189 à la cour impériale d’Henri VI à Bâle.

En 1190, le roi de France, en route pour la troisième croisade, qui part de Vézelay, traverse le comté. Il semble que le comte de Mâcon a repris son autorité avec l’acquiescement du souverain. Gaucher IV participe à cette croisade, il s’illustre à la bataille de Saint-Jean d’Acre.

Guillaume est témoin en 1193 du litige qui oppose le duc de Bourgogne au comte de Bourgogne, au sujet de l’hommage dû par le comte vis à vis du duc, pour les terres qu’il possède dans le Mâconnais. L’empereur qui est l’arbitre de ce jugement, donne raison au duc. Le comte Guillaume signe l’acte en tant que témoin.

Guillaume participe aux côtés de son cousin Étienne III de Chalon dans sa lutte contre Othon II de Bourgogne entre 1208/1211.

Entre 1217/1218, Guillaume s’empare des terres d’orbe, on se rappelle que son père les avait perdues au profit de l’empereur.

Son fils aîné, Gérard meurt avant lui, l’héritage du comté est destiné à sa petite-fille Alix, fille du défunt. Renaud, frère de Guillaume, assure la tutelle de sa petite-nièce, puis à son décès, c’est au tour d’Henri, frère puîné de Gérard, d’exercer cette tutelle. Mais lui aussi décède rapidement en 1233. Guillaume, troisième fils du comte Guillaume V, destiné à l’Église, et excommunié récemment par le pape, quitte sa condition ecclésiastique, pour perpétuer la descendance des comtes, mais sans succès. 

La fin du comté

La fille de Gérard, Alix (?-1239) hérite du comté et épouse Jean de Braine (?-1239) fils du comte de Dreux Robert II. Jean est également l’arrière-petit-fils du roi de France Louis VI. Fort de cette ascendance royale, Jean aspire à un retour d’indépendance plus importante du comté. Aussi est-il de toutes les conspirations nationales qui ont lieu pendant la régence de la reine mère, Blanche de Castille.

En 1231, il enlève le château de La Roche de Solutré qui appartient à l’évêque de Mâcon, et fait même arrêter et emprisonner ce dernier. L’évêque utilise sa seule «arme» : l’excommunication. Jean libère son prisonnier et lui restitue le château.

En 1236, Jean change d’attitude, il reconnaît le roi de France saint Louis comme son suzerain, en l’abbaye de Tournus, et en présence du représentant du roi, l’évêque de Chalon-sur-Saône, Guillaume de la Tour.

En 1237, Jocerand IV de Brancion libère Cluny du danger constitué par le château de Boute-Avent construit par ses aïeux à une lieue et demie de l’abbaye, en l’échangeant contre l’un des prieuré de Cluny, celui de Beaumont, situé dans la basse vallée de la Grosne, et en recevant de l’abbé la somme de mille cinq cents marcs d’argent. Jocerand accompagnera saint Louis à la croisade et mourra à Mansourah en Égypte, aux côtés de son roi en 1248.

Sans descendance, Jean et Alix vendent le comté au roi pour 10 000 livres en capital et 1 000 livres de rente en février 1239. Jean meurt en 1239 en Terre sainte à Tripoli (en Syrie), Alix se retire à l’abbaye du Lys près de Melun et décède vers 1260.

Alix confirme en 1241, la vente du comté de Mâcon, et cède son titre de comtesse de Vienne, à son cousin Hugues d’Antigny, fils de Béatrice de Mâcon, sa tante.

Saint Louis nomme un bailli qui le représente dans le comté. Ce dernier s’installe dans le château comtal de Mâcon. Saint Louis séjourne par deux fois dans son comté, en 1245 et 1246. Le comté devient une terre royale.

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29/01/2017